1.1 Faits
L'association A. a été fondée il y a plus de 120 ans avec pour objectif, depuis 1994, l'exploitation d'un foyer B. en tant qu'institution sociale à but non lucratif ainsi que la gestion de l'hôtel C. Le foyer B. propose un hébergement à prix modique aux personnes dans le besoin ou en situation de détresse.
L'association A. a été exonérée d'impôt en raison de ses objectifs d'utilité publique. Dans le cadre de la procédure d'exonération fiscale, il a été exposé que l'exploitation de l'hôtel n'avait été lancée que plus tard pour sauver l'auberge, car celle-ci n'aurait plus pu survivre seule.
Les recettes totales de l'association proviennent pour moitié environ de l'exploitation de l'hôtel et pour moitié de celle du foyer. Les prestations fournies dans le cadre de l'exploitation du foyer (notamment la mise à disposition d'un hébergement et de repas à un prix inférieur au prix de revient) représentent environ 80 % des dépenses totales de l'association. L'hôtel fournit plusieurs prestations substantielles au profit de l'auberge d'utilité publique. D'une part, l'auberge est subventionnée de manière croisée par l'ensemble des bénéfices de l'activité hôtelière. D'autre part, l'hôtel met des chambres à disposition à des fins d'utilité publique en cas d'urgence.
Dans le cadre d'une procédure de réexamen, l'exonération fiscale de l'association A. a été supprimée au motif que celle-ci exerçait une activité commerciale ne pouvant bénéficier d'une exonération fiscale ; concrètement, l'exploitation hôtelière, avec ses revenus, ne servait que de manière indirecte l'objectif d'utilité publique de l'auberge et ne pouvait donc pas être considérée comme d'utilité publique.
1.2 Questions
- Quelles conditions doivent être remplies pour pouvoir demander une exonération fiscale dans le cadre d'une activité d'utilité publique ?
- Où se situent, en l'espèce, les limites de l'activité commerciale qui serait encore admissible pour bénéficier d'une exonération fiscale ?
- L'affectation des recettes issues de l'activité commerciale joue-t-elle un rôle à cet égard ? Une exonération fiscale peut-elle être accordée pour une activité commerciale (dans un souci de neutralité concurrentielle) si l'ensemble des recettes issues de cette activité est affecté à l'objectif d'utilité publique ?
2.1 Faits
La Fondation A., dont le siège se trouve dans le canton de Vaud, a été fondée en 1919. En effet, à partir de l'exploitation des « foyers du soldat », la fondation a développé une vaste activité dans la restauration collective jusqu'à devenir l'un des principaux acteurs de ce marché et réaliser un chiffre d'affaires annuel d'environ 300 millions de francs suisses. La fondation était apparemment exonérée d'impôts depuis sa création, mais cette exonération a été supprimée avec effet au 1er janvier 1999.
Souhaitant restructurer ses activités commerciales et les séparer de son but idéal, la fondation A. a cédé son activité dans le domaine de la restauration collective à la société D.H. SA par contrat de transfert du 30 mars 2015, avec effet rétroactif au 1er janvier 2015. Il a été convenu entre les parties que les tâches opérationnelles jusqu’alors assumées par la Fondation A. seraient désormais exercées par D. SA, une filiale de D.H. SA. La Fondation A. détenant la totalité du capital-actions de D.H. SA, aucune contrepartie n’a été prévue pour ce transfert d’activité.
Suite à une modification des statuts, le but de cette fondation consiste depuis 2016 à mettre en avant les relations humaines et sociales, telles que le respect, la tolérance, la solidarité et la justice, à contribuer à la santé et au bien-être des personnes en contact avec la fondation et, à cette fin, à soutenir des projets ou des actions qui correspondent à ces objectifs, en particulier à ceux de ses fondateurs. Les statuts prévoient également que la Fondation A. exerce son activité par l’acquisition et la gestion de participations dans des sociétés, notamment dans le domaine de la restauration collective.
Le 15 décembre 2016, la Fondation A. et la société D.H. SA ont conclu un contrat de prêt à long terme. Conformément à ce contrat, la Fondation A. a mis à la disposition de la société D.H. SA environ 25 millions de CHF, après avoir reçu de cette dernière un dividende extraordinaire correspondant à ce montant. Ce prêt n’est assorti d’aucune garantie. Le prêt est rémunéré comme suit : 1 million de CHF à 2,5 % et le reste à 0,75 %. La fondation perçoit ainsi environ 205 000 CHF d'intérêts par an.
En janvier 2017, la fondation a déposé une demande d’exonération fiscale à compter de 2015.
2.2 Questions
- La fondation exerce-t-elle effectivement une activité exonérée d'impôt ?
- Dans quelle mesure une fondation peut-elle exercer une influence sur sa ou ses filiales ?
- Variante : la fondation exonérée d'impôt est déjà constituée en tant que fondation holding. Au fil des décennies, la fondation et la société opérationnelle s'éloignent l'une de l'autre, de sorte que les deux parties préféreraient un avenir séparé. La fondation a donc l'intention de vendre sa participation à un tiers. Quelle est l'incidence de la vente d'une participation déterminante sur l'exonération fiscale ?
3.1 Faits
L'association Y., dont le siège se trouve dans le canton de Zurich, a pour but de soutenir les jeunes entreprises qui apportent une solution à un problème social et écologique (entrepreneurs sociaux). Elle soutient les start-ups en phase dite « pré-amorçage » et met en relation les investisseurs et les jeunes entreprises afin de favoriser leur collaboration.
Dans ce cadre, l’association organise et anime des ateliers, des formations et des tables rondes gratuits ou à prix très modique, à caractère éducatif et de médiation, ainsi que des événements de petite et grande envergure visant à accroître la sensibilisation du public à l’impact investing d’une part, et au rôle décisif des business angels (investisseurs privés institutionnels fortunés) et à leur responsabilité d’autre part. À cette fin, elle engage des coachs et des intervenants professionnels qu’elle rémunère conformément aux conditions du marché. Elle rédige également des publications spécialisées, conseille les investisseurs d’impact sur la meilleure façon de soutenir les entrepreneurs sociaux et met en place un réseau de coachs externes. L’objectif est d’aider les jeunes entreprises à obtenir des financements, puis de les accompagner et de les coacher.
L'association mise également sur des modèles de promotion entrepreneuriale ; elle prend par exemple des participations dans les start-ups soutenues ou conclut des prêts convertibles. De plus, le conseil aux investisseurs dits « d'impact », c'est-à-dire aux investisseurs intéressés par des opportunités d'investissement socialement responsables et durables, doit permettre de subventionner transversalement une partie des prestations gratuites fournies aux entrepreneurs sociaux. En outre, l'association bénéficie d'un soutien financier sous forme de subventions de la Confédération suisse, par l'intermédiaire de la Commission pour la technologie et l'innovation (CTI), pour divers projets. Il n'existe toutefois pas de véritable mandat de prestations public.
Les membres du comité directeur de l'association Y. se versent des honoraires généreux.
L'association sollicite l'exonération fiscale au titre de son but d'utilité publique.
3.2 Questions
- L'association poursuit-elle, par son but, un intérêt général, comme l'exige l'exonération fiscale ?
- L'association poursuit-elle, par son but, des fins lucratives, qui sont préjudiciables à l'exonération fiscale ?
- Variante : une exonération fiscale au titre d'objectifs d'intérêt public serait-elle possible ?
- Dans quelle mesure est-il possible, dans le cadre de l'exonération fiscale, de recourir à des modèles de promotion entrepreneuriale ?
- Les rémunérations des membres du comité directeur font-elles obstacle à l'exonération fiscale ?
4.1 Faits
Les plus grands fabricants mondiaux de vêtements (les fondateurs) dans le secteur de la fast fashion ont l’intention de faire avancer la transformation de l’industrie textile en contribuant à réduire le travail des enfants et à promouvoir une production de vêtements plus socialement responsable et plus durable (ci-après dénommée « l’initiative »). L'initiative démarre au Bangladesh et au Vietnam, avec la possibilité de l'étendre à d'autres pays asiatiques. La fondation agira en tant qu'entité juridique de l'initiative.
Les fondateurs doteront la fondation d’un capital initial de 100 000 CHF en espèces et mettront par la suite à disposition des fonds de plusieurs centaines de millions de francs. L’activité de la fondation se divise en deux phases. La première phase devrait durer environ six ans (phase d'amorçage). À condition que les activités testées lors de la phase d'amorçage s'avèrent prometteuses et soient jugées évolutives, une deuxième phase (phase de stabilisation) suivra. La phase de stabilisation est illimitée dans le temps. Il en résulte que le financement et, en partie, la gouvernance diffèrent entre les deux phases.
La fondation poursuit essentiellement les objectifs suivants :
- Contribuer à la réduction à long terme du travail des enfants dans la production de vêtements au Bangladesh et au Vietnam ;
- Contribuer à l'amélioration du bien-être des communautés et des familles dans le secteur de la confection de ces pays ;
- Contribuer à la mise en place d’une production de vêtements résiliente et durable, conforme à des normes minimales harmonisées ; et
- Contribuer à la création d'un écosystème résilient grâce à des partenariats avec l'industrie, des partenaires externes et les gouvernements de ces pays.
La fondation prévoit de développer et de mettre en œuvre des programmes de développement durable évolutifs, fondés sur des données factuelles et complets. Ceux-ci comprennent, entre autres, la promotion de sources de revenus alternatives afin de permettre à la prochaine génération de se construire un avenir en dehors du secteur de la production de vêtements. Au cours de la phase de démarrage, l’objectif principal est de tester les programmes de développement durable afin d’identifier les approches les plus efficaces en vue d’une mise à l’échelle ultérieure.
La fondation entend également faciliter l’accès aux financements, prêts et subventions mis à disposition par des organisations internationales. Concrètement, elle accordera des prêts ainsi que des primes de durabilité aux producteurs de vêtements et aux intermédiaires locaux. Dans ce contexte, la fondation peut investir une partie de ses fonds, conjointement avec d’autres investisseurs, dans des structures de fonds tiers.
Une fois la phase d'amorçage (Seed Stage) menée à bien, la fondation poursuivra et développera ses activités (phase dite « Steady State »). L'une des activités envisagées dans le cadre de la phase de stabilisation concerne l'exploitation d'une plateforme facilitant le commerce de textiles fabriqués conformément aux normes minimales définies. Elle est destinée à servir de plateforme d'approvisionnement et les donateurs se verront attribuer des droits d'achat privilégiés via cette plateforme.
4.2 Questions
- Faut-il déposer des demandes d'exonération fiscale distinctes pour la phase de démarrage et la phase de stabilisation ?
- La fondation a-t-elle droit à une exonération fiscale ?
- Qu'en est-il des placements financiers et des investissements dans des fonds en matière d'exonération fiscale ?
5.1 Faits
L'école A., devenue l'École internationale A. en novembre 2017, est une association dont l'activité principale consiste à gérer une école privée. Elle comprend une crèche, des classes de maternelle et des classes primaires.
Depuis novembre 2017, l'école privée A. a pour objectif de proposer et de développer à Genève un enseignement privé conforme au programme scolaire national, ainsi que de gérer ladite école. La recourante enseigne certes les matières prescrites par le programme scolaire romand, mais ne suit pas ce programme, car elle dispose de son propre programme inspiré du programme scolaire suédois. En conséquence, le Département de l’instruction publique de Genève n’a approuvé ce programme que partiellement.
L'école privée A. a réalisé des bénéfices grâce à la perception de frais de scolarité, qui sont pour l'essentiel thésaurisés. L'école A. n'octroie notamment aucune bourse. Les frais de scolarité s'élèvent à 22 280 CHF par année scolaire au niveau primaire.
L'école privée A. sollicite une exonération fiscale et fait valoir qu'elle poursuit un but éducatif d'utilité publique.
5.2 Questions
- L'école privée peut-elle espérer bénéficier d'une exonération fiscale ?
- Variante 1 : L’école mentionnée dans les faits dispose d’anciens élèves importants et influents, qu’elle souhaite fidéliser à long terme et inciter à verser des dons substantiels. C’est pourquoi l’école crée sa propre fondation afin d’encourager ses anciens élèves à faire des dons importants. Les fonds ainsi collectés sont principalement utilisés pour (a) soutenir des enfants dans le besoin, ou (b) organiser des événements de réseautage.
- Variante 2 : L'école mentionnée dans les faits est une école spécialisée, telle que définie par l'Office de l'enseignement obligatoire de Zurich, destinée aux élèves présentant un handicap ou un retard de développement important.
- Variante 3 : L'école mentionnée dans les faits est une école privée de langue étrangère située dans le canton de Zurich, qui accueille des enfants d'expatriés. Les frais de scolarité s'élèvent à 70 000 CHF par an et par élève.