1. Contexte
Dans le cas de portefeuilles immobiliers importants détenus jusqu’à présent à titre privé, la question peut se poser, notamment dans le cadre de la planification successorale, de savoir s’il convient de les intégrer dans le patrimoine de l’entreprise et, éventuellement, de les transformer ensuite en société de capitaux.
L'apport d'immeubles de placement dans une société immobilière constitue donc un thème central dans le cadre de la planification successorale. La détention indirecte de biens immobiliers n'est pas toujours plus avantageuse fiscalement que les placements directs. De plus, l'apport peut entraîner des conséquences fiscales.
En ce qui concerne l’imposition des plus-values immobilières, il convient de tenir compte des articles de loi suivants :
- Art. 16, al. 3, LIFD : Les plus-values résultant de l’aliénation de la fortune privée sont exonérées d’impôt.
- Art. 18, al. 2, LIFD : font également partie des revenus provenant d’une activité lucrative indépendante tous les gains en capital résultant de l’aliénation, de la réalisation ou de la réévaluation comptable de la fortune commerciale.
- Art. 58, al. 1, let. a, LIFD : Le bénéfice net imposable se compose du solde du compte de résultat.
Question
Seule la vente d’immeubles faisant partie du patrimoine privé est exonérée d’impôt (à l’exception de l’impôt sur les gains immobiliers). Quels sont les arguments en faveur d’un transfert dans le patrimoine commercial ou d’un apport à une personne morale ?
Monsieur L (domicilié à Meggen/LU ; célibataire, deux enfants majeurs) et Monsieur B (domicilié à Saanen/BE ; célibataire, un fils adulte) sont amis depuis l’école et sont des entrepreneurs prospères (revenu annuel de 2 millions de CHF, perçu sous forme de salaire). Ils se retrouvent pour dîner la veille de la réunion des anciens élèves et discutent de leurs portefeuilles immobiliers respectifs, constitués au fil des ans (l’ensemble de leur fortune est actuellement investi dans l’immobilier). À l’heure actuelle, ils détiennent ces biens immobiliers directement dans leur patrimoine privé (les conditions requises pour le commerce immobilier à titre professionnel ne sont manifestement pas remplies).
Portefeuille immobilier de M. L

Portefeuille immobilier de M. B

Question
M. L et M. B se demandent s’il serait possible de réduire la charge fiscale courante sur les revenus en transférant les terrains dans une société immobilière («Immobilien L SA» et «Immobilien B SA» respectivement) (les frais de transfert ne seront pas abordés ici).
2.1 Faits
Madame H. est âgée de 68 ans. En 1995, elle a hérité de son père, entre autres biens, de trois immeubles collectifs. Grâce à sa carrière réussie d’avocate indépendante spécialisée dans le droit du divorce, elle a disposé des moyens nécessaires pour se constituer, au fil des ans, un portefeuille immobilier considérable. Outre une spacieuse maison individuelle à Männedorf (domicile) et un appartement de vacances à Mürren, ce portefeuille comprend six immeubles collectifs et un immeuble commercial situés dans plusieurs communes du canton de Zurich. Valeur vénale : 25 millions de CHF. Revenus locatifs : 1,4 million de CHF ; valeur locative : 45 000 CHF. Mme H a toujours déclaré ces biens immobiliers dans la liste des biens immobiliers de sa déclaration d’impôt.
Portefeuille immobilier de Mme H.

Mme H. a trois enfants qui s’entendent bien. Sa fille Petra est gestionnaire immobilière indépendante. Compte tenu de son âge, Mme H. souhaite régler sa succession et a l’intention de vendre ses biens immobiliers à une société immo SA qu’elle a fondée. Certains de ces biens immobiliers nécessitent d’importants travaux de rénovation. Des travaux de réhabilitation coûteux sont prévus dans les années à venir.
Questions relatives à la situation de fait
- Quelles réflexions et décisions faut-il prendre avant le transfert de propriété ?
- À quelles conséquences fiscales Mme H doit-elle s’attendre ?
- Peut-on partir du principe que ces biens immobiliers relèvent de la fortune privée ou existe-t-il un risque que les autorités fiscales les considèrent comme faisant partie de la fortune commerciale ?
- La situation initiale changerait-elle si les biens immobiliers constituaient un patrimoine professionnel ?
- Quelles possibilités s'offriraient après le transfert des biens immobiliers à une personne morale ?
Les faits sont analogues à ceux du cas de base. À titre d’alternative, les immeubles d’habitation et l’immeuble commercial, qui doivent être transférés à Immobilien H AG, sont situés dans le canton de Lucerne (valeur vénale de 22 millions de CHF et valeur d’investissement au titre de l’impôt foncier de 17 millions de CHF). Mme H ne sait pas encore ce qu’il adviendra des biens immobiliers après leur transfert à Immobilien H AG. Une éventuelle vente dans trois ans n’est pas exclue. En cas de transfert, Immobilien H AG comptabiliserait les coûts d’acquisition à leur valeur comptable selon le droit commercial.
Questions
- Les terrains peuvent-ils être transférés à la société Immobilien H AG détenue par Mme H sans entraîner de conséquences en matière d’impôt sur les gains immobiliers ?
- Quelles réflexions et décisions faut-il prendre avant l’apport ?
3.1 Faits
Mme M. (divorcée) est domiciliée dans le canton de Zurich et propriétaire de plusieurs biens immobiliers dans le canton de Saint-Gall (voir ci-après). Mme M. a deux enfants (K1 et K2) également domiciliés dans le canton de Zurich. Elle ne dépend pas des revenus tirés de ces biens immobiliers.
- Immeuble collectif à Rohrschach (SG) : valeur vénale de 10 millions de CHF ; non grevé
- Immeuble collectif à Saint-Gall (SG) : valeur vénale de 20 millions de CHF ; grevé d’une hypothèque de 10 millions de CHF.
- Immeuble collectif à Wil (SG) : valeur vénale de 20 millions de CHF ; il a récemment fait l’objet d’une rénovation complète (volume d’investissement de 5 millions de CHF), mais la majorité des factures des artisans n’ont pas encore été réglées (ces derniers s’inquiètent de plus en plus de ces impayés)
Mme M. a appris par une connaissance qu’il est désormais possible de transférer des terrains à une société immobilière sans conséquences fiscales. Les terrains doivent être transmis à ses enfants K1 et K2 après son décès.
Questions
- Les terrains peuvent-ils être transférés à la société Immobilien M AG sans déclencher l’impôt sur les gains immobiliers ? Comment procéder et à quoi faut-il veiller ?
- Les impôts latents doivent-ils être pris en compte comme contrepartie ?
- L'impôt sur les gains immobiliers est-il entièrement différé ou ce report ne concerne-t-il que les réserves latentes attribuables à K1 et K2 ?
- Les terrains peuvent-ils être comptabilisés à leur valeur vénale au niveau de la société Immobilien M AG ? Quelles seraient les conséquences fiscales concernant l’impôt différé sur les gains immobiliers ?
- Les réserves latentes transférées constituent-elles des réserves issues d’apports en capital ?
4.1 Faits
X. (né en 1960) a acheté entre 2000 et 2020 six immeubles d’habitation dans le canton de Zurich à des fins de placement à long terme. En 2020, les loyers nets théoriques s’élevaient à 1,5 million de CHF, que X. a déclarés dans sa fortune privée.
En 2022, X. a reçu un héritage, à la suite de quoi elle a rapidement acquis quatre autres immeubles dans le canton de Zurich, dont les loyers nets prévus s’élevaient à 1,0 million de CHF. Elle a confié la gestion de l’ensemble de son portefeuille immobilier (location, décompte des loyers et des charges, recouvrement, administration, entretien et nettoyage, etc.) à la société Z. AG, moyennant des honoraires de 100 000 CHF par an.
En 2025, X. déclare pour la première fois ces biens immobiliers comme patrimoine commercial, avec un revenu locatif net théorique de 2,5 millions de CHF.
X. a l’intention de transférer le portefeuille immobilier (à sa valeur fiscale) avec effet rétroactif au 1er janvier 2026 à la société X. AG, qui sera créée à cette date.
Questions
- X. peut-il faire valoir un report d’imposition pour restructuration au titre de l’impôt sur les gains immobiliers de Zurich pour le transfert du portefeuille immobilier à la société X. AG ?
- X. exerce-t-il une activité lucrative indépendante aux fins de l’impôt fédéral direct ?
- Les revenus locatifs sont-ils soumis aux cotisations sociales et que devrait X. prendre en considération à cet égard dans la perspective du transfert envisagé ?
- Quelles seraient les conséquences fiscales au niveau cantonal s’il s’agissait de biens immobiliers situés dans le canton d’Argovie ?
5.1 Faits
M. K. (veuf), âgé de 72 ans, possède un vaste portefeuille immobilier dans le canton de Zurich (canton moniste). Ces biens immobiliers constituent manifestement une fortune commerciale issue d’une activité de négoce immobilier à titre professionnel. Ils sont comptabilisés dans une comptabilité. M. K. ne souhaite pas léguer de fortune commerciale à ses enfants en raison des conséquences fiscales et sociales que cela impliquerait et souhaite donc transférer ces biens immobiliers dans sa fortune privée.
Les données clés suivantes sont connues :

Questions
- À quelles conséquences fiscales M. K. doit-il s’attendre ?
- Les conséquences fiscales seraient-elles différentes si les biens immobiliers étaient situés dans un canton appliquant le régime dualiste ?
- M. K. peut-il demander à bénéficier de l’imposition de liquidation ?
- Quelles sont les alternatives à un retrait privé ?